Déclaration de principes de Tol Ardor

Plan

Préambule

I — Nos valeurs fondamentales

II — Les fondements de la société que nous voulons construire

III — Nos objectifs : Tol Ardor association, peuple et État

Préambule

Tol Ardor se nourrit du passé, agit dans le présent et en vue de l’avenir. Elle plonge ses racines dans des mouvements et des courants de pensée aussi divers que la philosophie platonicienne, le christianisme, l’humanisme de la Renaissance, la philosophie des Lumières, le socialisme et les mouvements de libération contemporains. Elle tente de puiser le meilleur de chacune de ces pages de l’Histoire de la pensée humaine, sans en oublier pour autant les aspects sombres et parfois les conséquences dramatiques.

Tol Ardor est née de l’écologie politique, et plus précisément de l’écologie profonde ou radicale. Elle revendique donc l’héritage du précurseur que fut Martin Heidegger pour la pensée sur la technique, et les héritages plus récents de Lewis Mumford, Günther Anders, Jacques Ellul, Bernard Charbonneau, Hans Jonas et Arne Næss, qui furent, chacun à leur manière, les grands fondateurs de l’écologie radicale. Elle s’inscrit également, dans une certaine mesure, dans la continuité des mouvements décroissants et survivalistes.

Mais Tol Ardor, tout en s’inscrivant dans un héritage politique, philosophique et spirituel, cherche évidemment à renouveler cet héritage dont elle se veut en quelque sorte un aboutissement.

La profonde Crise que nous traversons est de nature à la fois écologique, humanitaire et sociale, mais tous ces problèmes sont liés et ne peuvent être résolus de manière segmentée. Ils proviennent de la structure et de l’organisation mêmes de nos sociétés et de nos mentalités, qui ne peuvent être réformées mais doivent être refondées. Une telle refondation étant impossible de l’intérieur, elle doit être menée de l’extérieur, par la construction d’un contre-modèle fondé sur des bases entièrement différentes et qui permettrait de prouver aux hommes qu’un autre mode de vie et d’organisation sociale est possible et même souhaitable.

Bâtir un monde nouveau et meilleur, respectueux de l’Humanité, de la Nature, de la Vie, et qui puisse servir de modèle dans les temps de Crise présents et à venir, telle est donc l’ambition de Tol Ardor. Ce Projet est, malheureusement, d’une brûlante actualité : d’une part à cause du caractère éminemment destructeur, pour la Nature, pour le tissu social, et pour les individus, des différents modèles qui régissent aujourd’hui le monde, et qui ne sont en fait que les variantes d’un même modèle techno-industriel ; et d’autre part à cause de l’aveuglement et de la faible marge de manœuvre des gouvernants du monde entier et d’une large partie de nos sociétés.

L’association de ces deux éléments nous a menés à la Crise que nous connaissons aujourd’hui, et cette Crise ne fera qu’empirer, dans les années à venir, à travers tous ses aspects. Nous assistons d’ores et déjà aux signes avant-coureurs de cette aggravation, et l’urgence d’une solution concrète et à grande échelle apparaît, heureusement, à un nombre croissant d’individus.

I — Nos valeurs fondamentales

Article 1 : Construire un monde meilleur

Être Ardorien, c’est ne pas se satisfaire du monde tel qu’il est. L’idéal ardorien repose à la fois sur une révolte contre les souffrances imposées aux Hommes et à la Vie et sur l’espérance d’une vie meilleure, car nous pensons que la société humaine est susceptible de perfectionnement.

Le but de l’action ardorienne est l’instauration d’une société réalisant les conditions nécessaires au bonheur des Hommes et à une vie en harmonie avec le Monde qui nous entoure, donc au bonheur de toutes les autres formes de vie. Sans naïveté, Tol Ardor assume pleinement sa nature utopique, car l’utopie n’est pas ce qui ne peut pas exister, mais simplement ce qui n’existe pas encore.

Le Projet ardorien appelle donc à une nouveauté radicale : il n’est pas uniquement un projet politique et économique, mais également culturel, spirituel, social et pour tout dire civilisationnel. Être Ardorien, c’est donc aussi chercher à repenser entièrement notre rapport au monde, aux autres, à nous-mêmes et à notre vie. Loin d’une écologie sèche, uniquement comptable, statistique, scientifique, même si nous ne saurions négliger ces aspects, plus loin encore d’une écologie uniquement utilitariste, nous voulons réapprendre à vivre, à nous émerveiller devant la beauté du monde, à prendre le temps de bien faire plutôt que de faire plus.

Article 2 : La défense des droits fondamentaux

Les droits fondamentaux des Hommes mais également de tous les autres êtres vivants sont au cœur de notre combat. Les Ardoriens acceptent l’intégralité de la Déclaration Ardorienne des Droits de l’Homme, qui reprend et complète l’essentiel des grandes déclarations précédentes, celles de 1789 et de 1948, ainsi que de la Déclaration Ardorienne des Droits des Êtres Vivants, qui s’appuie largement sur la Déclaration des droits de l’animal de 1978, révisée en 1989.

Les Ardoriens sont donc biocentristes, c’est-à-dire qu’ils accordent à toutes les formes de vie, ainsi qu’à leur diversité, une valeur intrinsèque, indépendante de leur éventuelle utilité pour les humains. Cela n’implique pas nécessairement qu’ils accordent à tous les êtres vivants la même valeur, ni évidemment les mêmes droits ; mais ne peut se prétendre Ardorien celui qui considère que certaines formes de vie seraient dénuées d’une valeur et d’une dignité intrinsèques au prétexte qu’elles seraient inutiles à l’humanité.

En cela, Tol Ardor se revendique évidemment de l’antispécisme.

Article 3 : L’Amour

Les Ardoriens réaffirment l’Amour comme leur première valeur. Ils estiment que cette notion ne mérite pas la désuétude, voire le mépris dans lesquels elle est tombée. L’amour de soi, l’amour des autres, l’amour de la Vie et du Monde qui nous entoure, l’amour du Bien sont à la base de leur action. Les Ardoriens comprennent qu’il n’y a aucune raison de rejeter cette valeur que certains prétendent naïve pour ne pas avoir à l’appliquer eux-mêmes, et affirment au contraire que l’Homme ne se réalise que dans l’Amour.

L’Amour est une valeur qui en implique d’autres, et sans lesquelles il serait vidé de son sens et de sa substance.

Article 4 : La justice

La justice et l’équité sont au fondement de l’idéal ardorien. Le fait pour chacun d’avoir ce qu’il mérite, et ce qui lui revient de droit, est au centre de notre combat. Cela implique avant tout de permettre à chacun de vivre dignement, en ayant accès non pas seulement au minimum vital que représentent l’alimentation, l’eau potable, un logement décent, la vêture et l’accès aux soins, mais également à l’éducation, à la culture, à une spiritualité choisie et aux loisirs. Le développement de l’art, de la connaissance et du savoir humains est donc une priorité des Ardoriens.

La justice implique également une société pacifiée, dans laquelle ce qui est illégal et ce qui est illégitime tendent à se confondre, et qui garantit la sécurité de tous. Mais de ce point de vue, la justice, sans rien perdre de son efficacité, ne doit pas non plus être séparée de la miséricorde et de la pitié, deux valeurs qui lui permettent de ne pas devenir aveugle.

Article 5 : L’égalité

L’égalité est parmi les premières conditions de la justice. Les Ardoriens n’ont pas une vision figée et rigoriste de cette notion, qu’ils ne comprennent pas comme la similitude absolue de la vie de chaque homme. Pour les Ardoriens, l’égalité signifie avant tout l’égalité de tous devant la loi, l’égalité de naissance — qui implique que les distinctions sociales se fondent sur les compétences, les mérites et les vertus, non sur des différences de naissance ou de fortune —, et la réduction des écarts entre les couches les plus riches et les couches les plus pauvres, non seulement au sein des sociétés mais également entre les différentes sociétés et nations humaines.

L’égalité nécessite évidemment le rejet de toute forme de discrimination, qu’elle soit fondée sur la race, la couleur de peau, le sexe, les opinions, l’orientation sexuelle ou autre.

Une telle égalité ne peut être atteinte à partir du fonctionnement spontané de l’économie et de la société. Elle implique donc une forme de régulation et de redistribution étatiques ainsi que la protection sociale.

Article 6 : La liberté

La liberté est une autre condition de la justice. Pour les Ardoriens, une société dans laquelle règnerait l’ordre le plus parfait, et même l’égalité la plus réussie, ne serait pas une société juste si ce triomphe se réalisait à travers le sacrifice des libertés. Ces libertés sont essentiellement celles qui ont été réaffirmées dans la Déclaration Ardorienne des Droits de l’Homme. En leur sein, la protection de la vie privée, particulièrement menacée aujourd’hui, spécialement par les surveillances étatiques, communautaires ou commerciales, mérite une place spéciale.

Article 7 : L’harmonie

L’harmonie est pour les Ardoriens une valeur fondamentale pour permettre à l’Homme de s’accomplir pleinement et durablement. Elle est au fondement d’une coexistence paisible, riche et féconde des Hommes entre eux et avec le Monde qui les entoure. Elle implique la recherche et le maintien d’un équilibre forcément fragile et qui s’exprime sous de nombreux aspects : équilibre des relations individuelles et sociales, équilibre entre régulation étatique et initiative individuelle, entre sécurité et liberté, entre propriété privée et redistribution des richesses, équilibre aussi dans les relations internationales, enfin équilibre entre occupation humaine de la Terre et préservation de la Nature qui nous entoure.

Le principe d’harmonie implique naturellement le rejet de toute tentative, pour un État, un groupe humain ou un individu, d’obtenir un excédent illégitime de pouvoir s’exerçant au détriment du reste du Monde. Cela entraîne le refus de la guerre pour d’autres motifs que la légitime défense ou la protection d’un groupe humain manifestement menacé, ce dernier cas devant être validé par la communauté internationale.

Article 8 : La beauté

La beauté enfin est un pilier de l’idéal ardorien, pilier d’autant plus important qu’il est très largement considéré comme superficiel et sans grand intérêt aujourd’hui. Les Ardoriens considèrent que vivre dans un monde de beauté, qu’elle soit naturelle ou humaine et artistique, est primordial pour le plein épanouissement de l’Homme. Cette valeur est de nos jours trop souvent sacrifiée au profit et à la stricte efficacité. Reconstruire un monde et une société qu’il soit agréable d’habiter est un des premiers aspects du Projet ardorien.

II — Les fondements de la société que nous voulons construire

Article 9 : La réduction technologique

Être Ardorien, c’est d’abord croire que le niveau de développement technologique de l’humanité ne correspond pas à son niveau de développement spirituel. Le progrès technique est comme une hache qu’on aurait mise dans les mains d’un psychopathe, déclarait Einstein, qui affirmait également qu’il est hélas devenu évident aujourd’hui que notre technologie a dépassé notre humanité. Cette analyse est de plus en plus pertinente : l’humanité ne contrôle plus aujourd’hui la technique qu’elle a engendrée.

Naturellement, la technique moderne a permis des progrès indéniables pour le niveau de vie de l’humanité. Mais les Ardoriens considèrent que ces progrès sont contrebalancés, et même dépassés, par deux éléments : d’abord par le fait qu’ils nécessitent une destruction massive et continuelle de la planète ; ensuite par le fait que les hommes les utilisent principalement pour asseoir une domination, sur l’humanité comme sur le Monde.

Les Ardoriens considèrent donc que la technique moderne provoque davantage de souffrances qu’elle n’en soulage, et qu’il est donc souhaitable de la restreindre. Souhaitable et même nécessaire : étant donné que nous consommons surtout des énergies non renouvelables, et que le système actuel ne permet pas le simple maintien de l’environnement qui nous fait vivre, les Ardoriens comprennent qu’une révolution de nos modes de vie adviendra quoi que nous voulions, et qu’il est préférable de la préparer et de l’organiser plutôt que de la subir le moment venu.

La société ardorienne refuse donc toute production de pétrole, de plastique à base de pétrole, d’énergie nucléaire, tout usage militaire de la poudre à canon ; elle restreint fortement l’utilisation de l’électricité et des plastiques biodégradables. Naturellement, une telle évolution ne pourra pas se faire d’un seul coup et devra procéder par étapes.

Les Ardoriens rappellent que de telles mesures, pour radicales qu’elles puissent paraître, ne constituent en rien un « retour au Moyen-Age » : renoncer à une partie de la technique moderne ne signifie pas renoncer son intégralité ; le renoncement technique n’implique, en outre, aucun renoncement en termes de connaissances ; enfin, autant que possible, Tol Ardor prévoit de développer des techniques de remplacement. Les Ardoriens sont donc prêts, pour le bien commun, à une réduction de leur niveau de vie, mais ils affirment que cette baisse ne sera pas aussi dramatique que certains voudraient le laisser croire.

Article 10 : La Royauté participative

Malgré la propagande qui cherche à faire croire que tout régime non-démocratique est forcément une tyrannie, les Ardoriens reconnaissent l’inefficacité et l’inadaptation face à la Crise actuelle des régimes politiques actuellement en vigueur et tout spécialement des démocraties, qui ne donnent au peuple qu’une illusion de pouvoir, favorisent la démagogie, les visions à court terme et le populisme et ne parviennent pas à prendre les décisions fortes qui s’imposent.

Les Ardoriens reconnaissent que la démocratie a permis des avancées immenses qui doivent impérativement être conservées, mais ils réalisent également que si elle a pendant un temps correspondu aux besoins de l’humanité, ce n’est plus le cas aujourd’hui. Ils considèrent également que les défauts que révèlent actuellement les démocraties sont structurels et non conjoncturels, et qu’ils sont donc consubstantiels à la démocratie elle-même ; il ne sert donc à rien de chercher à la réformer ou à la renouveler.

Les Ardoriens veulent donc construire un nouveau type de régime politique qui synthétiserait les libertés des démocraties et l’efficacité des régimes autoritaires. Ce nouveau régime est la Royauté participative, qui est constitutionnelle et non parlementaire. Le Roi y détient le pouvoir exécutif et une part du pouvoir législatif, mais il reste soumis entièrement à une vaste Constitution ou à un corpus de lois qui garantit les droits fondamentaux des citoyens et qu’il ne peut changer. Les lois sont les mêmes pour tous ; le respect de la Constitution par le Roi est garanti par un Conseil qui peut lancer contre lui une procédure de destitution. Il ne s’agit donc pas d’une monarchie absolue. En revanche, il n’y a pas de Parlement, les États Généraux du Royaume n’ayant la plupart du temps qu’un avis consultatif.

Cette Royauté est dite participative à la fois parce que les citoyens sont constamment invités à faire remonter leurs demandes et leurs idées vers le pouvoir central et parce qu’à l’échelle locale, les dirigeants sont élus au suffrage universel et non pas nommés.

La Royauté participative est donc bien une synthèse entre royauté et démocratie.

Article 11 : La permanence de la loi

Même si les gouvernements doivent bien évidemment s’adapter aux situations nouvelles et légiférer en conséquence, les Ardoriens considèrent qu’il existe un certain nombre de principes moraux universels et intemporels, qui doivent donc être fixés dans une Constitution ou un Livre de la Loi et ne plus pouvoir changer. Ces principes concernent en particulier la protection des individus et de leurs droits fondamentaux. Un Conseil garantit l’application et le respect de cette Constitution, ainsi que la conformité avec elle des lois provisoires décidées par le gouvernement.

Article 12 : L’indépendance de la justice

Si les Ardoriens estiment nécessaire de confier au Roi à la fois le pouvoir exécutif et une large partie du pouvoir législatif, ils considèrent en revanche impératif que la stricte indépendance du pouvoir judiciaire soit appliquée et garantie. Ce point est en effet nécessaire pour éviter qu’une royauté ne devienne une dictature.

Tol Ardor considère donc la séparation des pouvoirs comme essentielle, même si elle en propose une vision renouvelée.

Article 13 : L’exploitation individuelle

Les Ardoriens considèrent que les hommes doivent s’aimer et non pas s’exploiter les uns les autres. Ils rejettent par conséquent le capitalisme qui considère l’argent comme une valeur en soi et non plus comme un simple moyen. Il faut vendre pour acheter et non l’inverse.

Les Ardoriens veulent donc bâtir un nouveau modèle économique dans lequel chacun possède ce sur quoi il travaille, qu’il s’agisse de terre ou d’outils. L’exploitation de l’homme par l’homme y est interdite, car rien ne justifie que certains possèdent les moyens de production et d’échange tout en les faisant travailler pour leur propre compte par d’autres. Aucune personne privée ne peut donc en salarier une autre.

Il est en revanche possible de prendre quelqu’un en apprentissage, et l’État ou toute institution ou bâtiment public peuvent employer des individus.

Article 14 : La propriété privée

Les Ardoriens considèrent que l’Histoire comme le bon sens témoignent que l’homme travaille plus volontairement pour lui-même que pour les autres. Le système économique qu’ils appellent de leurs vœux maintient et protège donc la propriété privée.

Mais si la propriété privée permet à l’homme de s’épanouir et d’assouvir des besoins légitimes, cela n’implique pas que l’on puisse faire absolument ce qu’on veut de sa propriété. Les Ardoriens considèrent donc que la propriété privée doit être encadrée par des limites qualitatives et quantitatives.

Les limites qualitatives concernent principalement l’impératif de la solidarité dans le cadre d’une société à technologie réduite et donc plus exposée aux risques naturels. Les limites quantitatives visent à empêcher la concentration d’un trop grand nombre de biens dans un petit nombre de mains : nul ne doit posséder plus qu’il ne peut travailler lui-même ni plus de maisons qu’il ne peut habiter ; l’écart entre les plus bas et les plus hauts revenus doit être limité ; les héritages doivent être taxés afin de ne pas engendrer des dynasties de possédants.

Article 15 : La stricte réponse aux besoins

Les Ardoriens estiment que l’homme a un certain nombre de besoins fondamentaux et que l’État doit en garantir la satisfaction pour tous. Ces besoins sont d’abord les besoins vitaux, c’est-à-dire l’alimentation, l’eau potable, le logement, la santé, la sécurité, mais également les besoins qui fondent en tant que telle notre humanité, à savoir l’accès à l’éducation, à la culture, à une spiritualité choisie et aux loisirs. Au-delà d’un apparent paradoxe, ils comportent également une part de superflu, qui reste, pour reprendre le mot de Voltaire, « chose très nécessaire ».

Les Ardoriens considèrent en revanche qu’il est condamnable d’engendrer, par la publicité, des besoins imaginaires qui ne contribuent qu’à construire des frustrations stériles. Conformément au principe d’harmonie, la production doit par conséquent répondre à l’ensemble des besoins des hommes et des êtres placés sous leur responsabilité ; mais aller au-delà constituerait un dangereux gaspillage.

Les Ardoriens considèrent que la réponse aux besoins doit être orchestrée par l’État dans le cadre d’une production privée : une situation de concurrence libre et non faussée est nuisible car elle tend à engendrer une surproduction ; pour éviter également la situation inverse de sous-production, l’État doit donc impulser de grandes directions économiques, mais ne pas produire directement pour respecter la propriété privée.

Article 16 : Le rôle de l’État dans l’économie et le corporatisme social

Outre cette fonction de dirigisme, qui ne se confond pas avec la planification, les Ardoriens considèrent que l’État doit intervenir dans l’économie pour en pallier les dysfonctionnements et compenser les inégalités qu’elle pourrait engendrer.

Cette intervention consiste principalement dans la protection sociale, dans le contrôle des prix, de la monnaie et des salaires, dans l’instauration d’un revenu universel d’existence, dans l’interdiction du prêt à intérêts, dans le monopole des activités bancaires et dans le protectionnisme économique.

La réunion de l’exploitation individuelle, de la propriété privée et de la stricte réponse aux besoins dans le cadre de cette action forte de l’État pour l’équité et la redistribution des richesses forme un nouveau système économique appelé le corporatisme social. Les Ardoriens entendent le terme « corporatisme » dans son sens ancien de doctrine économique et sociale fondée sur le regroupement des membres des différents corps de métier au sein d’institutions défendant leurs intérêts et ceux des citoyens, chez nous appelées les Guildes. Ce corporatisme est qualifié de « social » car il permet à la fois de répondre aux besoins de chacun et de protéger les travailleurs et le Monde qui nous fait vivre.

Article 17 : La stabilité de l’occupation humaine

Les Ardoriens admettent de reconnaître l’évidence : la Terre ne grandissant pas, l’Humanité ne peut pas non plus croître sans cesse, que ce soit dans sa progression démographique ou dans la production de ses biens matériels.

Ils en tirent deux conséquences. Tout d’abord, les Ardoriens admettent comme nécessaire le principe de limitation des naissances. Ils rejettent fermement l’eugénisme et l’infanticide, mais estiment indispensable à la survie et à l’épanouissement de l’Humanité ainsi qu’à la préservation de la Nature une politique de contraception. Ils rejettent l’idée d’imposer cette contraception par la force, mais considèrent comme nécessaire l’instauration de politiques d’incitation fortement dissuasives, en particulier de nature fiscale.

Les Ardoriens reconnaissent par ailleurs que les Hommes n’ont pas vocation à occuper l’intégralité du globe terrestre et qu’il est juste que certains espaces soient sanctuarisés et laissés à la Nature. De même, ils refusent de fonder un modèle économique sur la croissance, qui ne peut être qu’un épisode transitoire dans l’histoire économique d’un pays, et ne doit pas être recherchée pour elle-même. De par la réduction technologique qu’ils recherchent, les Ardoriens s’inscrivent même dans un Projet de décroissance radicale dans le but d’atteindre un état de stabilité juste et harmonieux.

Article 18 : Le théisme d’État et la liberté religieuse

Les Ardoriens reconnaissant l’existence de principes universels et intemporels dont l’application est nécessaire au bonheur des hommes, ils acceptent que ces principes soient reconnus comme sacrés et absolus par l’État car émanant d’une volonté divine. Cette reconnaissance de l’existence d’un Dieu ou d’un Être suprême par l’État ardorien (et pas forcément par les Ardoriens en tant qu’individus), sans pour autant lier l’État à une Église ou religion particulière, est le théisme d’État. Il est fondamentalement différent à la fois d’une religion d’État et de la laïcité.

Le théisme d’État est en effet une synthèse qui vise à conserver les avantages de la laïcité, en particulier la garantie absolue et définitive de la liberté d’opinion et de culte, tout en amorçant pour l’Humanité un mouvement de renouveau spirituel : une nouvelle manière de penser, de voir et de vivre le Monde, ce qui peut passer par la philosophie, la religion ou la spiritualité.

L’État ardorien est donc séparé de toute Église, ce qui ne l’empêche pas de pouvoir reconnaître et financer des Églises particulières en fonction du nombre de fidèles qu’elles peuvent revendiquer à Tol Ardor et surtout de leur conformité avec les principes retenus comme universels par l’État.

Néanmoins, les Ardoriens sont fondamentalement attachés à la liberté d’opinion et de croyance, à la liberté d’expression et à la liberté de culte, conformément à la Déclaration Ardorienne des Droits de l’Homme. Ils estiment donc que la reconnaissance par l’État ardorien de certaines croyances n’implique aucunement la même reconnaissance de la part des individus, et considèrent que tenter d’imposer une croyance ou une pratique religieuse à quelqu’un ne peut en aucun cas être légitime.

III — Nos objectifs : Tol Ardor association, peuple et État

Article 19 : Tol Ardor, société résiliente et contre-modèle

Les Ardoriens admettent l’impossibilité de changer les sociétés actuelles de l’intérieur. La voie réformiste est condamnée à l’échec d’abord par l’urgence de la Crise, mais aussi par l’imbrication des différents aspects (politique, économique, social, culturel) des sociétés actuelles, tous responsables, à des degrés divers, de la Crise que nous traversons, et qu’il faudrait donc changer tous en même temps et en profondeur, ce qu’aucune réforme ne peut accomplir. Mais la voie révolutionnaire est également impossible, les populations des pays industrialisés n’y étant absolument pas prêtes, et les populations des pays en voie de développement ou des pays émergents n’aspirant qu’à l’imitation des pays industrialisés.

Il est probablement trop tard, à présent, pour éviter l’effondrement civilisationnel ; il faut donc nous préparer à y faire face, non seulement pour y survivre et offrir aux générations suivantes la possibilité de continuer à vivre, mais surtout pour faire perdurer quelque chose qui nous dépasse : des valeurs, une culture, une civilisation, bref l’héritage dont nous sommes porteurs dans ce qu’il a de meilleur.

Pour cela, nous devons fonder une petite communauté résiliente, à même de résister au mieux aux chocs à venir. Mais isolée, aucune communauté ne pourra survivre longtemps dans un monde devenu plus chaotique et violent. Il faut donc lui donner dès maintenant les atouts pour lui permettre, plus tard, de grandir et d’évoluer. Il ne suffit pas de fonder un petit système résilient : il faut en faire un véritable contre-modèle potentiel, capable d’attractivité, de séduction, et donc d’expansion dans l’avenir. Il s’agit de montrer aux hommes, par un exemple viable et visible, qu’une autre manière de vivre est possible et même souhaitable.

Tol Ardor est donc une utopie, mais une utopie réalisable, prenant en compte ce qu’est le monde et ce qu’est l’homme ; elle se veut l’utopie qui est, pour reprendre le mot de Victor Hugo, « la vérité de demain ».

Article 20 : Les premiers pas

La première étape de notre Projet consiste à réunir à la fois tous ceux qu’il intéresse et les moyens matériels nécessaires à sa réalisation. Ce double but est servi par plusieurs outils :

L’étape suivante sera l’achat d’un domaine qui sera la base de la communauté à venir. Ce domaine devra comprendre au minimum une maison d’habitation, un jardin, un verger-potager conservatoire, un rucher, un atelier, si possible une forge et un laboratoire. Il faudra également qu’il offre des possibilités d’agrandissement.

Cet achat est prévu pour le courant de l’année 2017.

Article 21 : Le peuple ardorien

Puisqu’ils veulent fonder un nouvel État, une nouvelle forme de société, et en vérité un nouveau modèle de civilisation, les Ardoriens se considèrent d’ores et déjà non comme une association ordinaire, ni surtout comme un parti politique, mais comme un peuple à part entière. Cela implique de mettre en place les éléments constitutifs d’une identité nationale, en particulier une culture commune (langue, éléments de spiritualité, système de valeurs, principes fondamentaux, mode de vie, etc.) et la volonté de vivre ensemble.

La constitution des Ardoriens en tant que peuple, et donc l’établissement d’une véritable culture ardorienne, sont en effet nécessaires à la fois pour fonder une légitimité à obtenir un territoire, pour souder les membres du Projet et pour transformer les mentalités humaines.

Article 22 : L’État ardorien

Notre but ultime est la fondation d’un État pleinement autonome, ne dépendant pas du système actuel pour sa survie, ce qui est la condition de sa crédibilité, et d’une taille suffisante pour assurer son rayonnement et sa visibilité.

Sans angélisme ni naïveté, nous savons que la fondation de cet État et la forme qu’il prendra dépendront des circonstances et de l’évolution générale du monde et de la société. La forme que prendra l’effondrement civilisationnel sera déterminante : nous devrons soit nous substituer à un État qui se sera écroulé, soit cohabiter avec un nouvel État dont la forme est pour l’instant impossible à prévoir.

La nation ardorienne pourra donc s’organiser de plusieurs manières, par exemple sous la forme d’un micro-État. Nous refusons naturellement par avance, pour l’obtention ou l’accroissement d’un territoire, tout usage de la force, de la violence, toute révolution ou tentative de coup d’État.

Tol Ardor, en tant que peuple et en tant qu’association, appelle donc tous ceux, individus, groupes ou associations, qui partagent ses valeurs et ses idéaux à la rejoindre afin de contribuer au si nécessaire renouvellement du Monde.