Réponses aux principales objections opposées à Tol Ardor

Plan

1. Tol Ardor, ça ne sert à rien, car il n’y a pas de problème.

2. Tol Ardor, ça ne sert à rien, car on pourrait se contenter de réformes.

3. Tol Ardor, ça ne sert à rien, car seule la force ou la révolution peuvent renverser le système.

4. Tol Ardor ne sert à rien, mieux vaut rejoindre un projet plus avancé qui existe déjà.

5. Tol Ardor est une utopie, donc elle ne se réalisera jamais.

6. Tol Ardor ne peut pas exister parce qu’il est impossible de fonder un nouvel État.

7. Tol Ardor, c’est un retour en arrière.

8. Tol Ardor est un projet antihumaniste.

9. Tol Ardor va trop loin dans la réduction technique.

10. Tol Ardor, c’est l’assurance de retrouver la surmortalité du Moyen-Age.

11. Tol Ardor est un projet antiféministe.

12. Tol Ardor, c’est le retour de la monarchie absolue.

13. Tol Ardor, c’est le retour de la dictature.

14. Tol Ardor, c’est le retour du totalitarisme.

15. Tol Ardor est une secte.

16. Tol Ardor, ce n’est pas bien, parce que ce n’est pas laïc.

17. Tol Ardor est un projet égoïste qui ne pense à sauver qu’une petite communauté.

18. Je ne rejoindrai par Tol Ardor car je ne suis pas d’accord avec tous les points du Projet.

1. Tol Ardor, ça ne sert à rien, car il n’y a pas de problème.

Faux, évidemment faux. Ne pas voir les problèmes de notre monde nécessite un grand aveuglement. Le monde traverse actuellement une Crise majeure qui, loin de se résorber, tend à s’aggraver.

Nos problèmes sont principalement de deux ordres.

Tout d’abord, ceux qui découlent du rapport de l’humanité au monde qui l’entoure. Depuis 200 ans, l’humanité dégrade profondément la nature de diverses manières : pollution de l’air, de l’eau et des sols ; destruction des écosystèmes naturels ; érosion de la biodiversité ; changements climatiques, etc. L’ampleur de ces changements est telle que de nombreux chercheurs affirment que la Terre est entrée dans une nouvelle ère géologique : l’anthropocène, l’ère dans laquelle l’humanité transforme son environnement à l’échelle planétaire. Ce qu’il est capital de souligner, c’est que, pour cette première batterie de problèmes, les chercheurs n’ont pas le moindre doute : ni sur la réalité des changements en cours, ni sur leur origine essentiellement humaine, ni sur leurs conséquences catastrophiques. Ceux qui contestent ces faits devraient donc nous expliquer pourquoi, sur ce sujet, l’intégralité des spécialistes est d’accord contre eux.

Ensuite, les problèmes qui découlent de l’organisation interne des sociétés humaines. Ces problèmes sont pour la plupart anciens mais soit ne se résolvent pas, soit s’aggravent : inégalité profonde dans la satisfaction des besoins essentiels de l’humanité (alimentation, eau potable, santé, éducation, etc.), à la fois entre les sociétés humaines et à l’intérieur de chacune d’entre elles ; échec du capitalisme libéral et récurrence des crises économiques, avec toutes leurs conséquences (chômage, précarité, exploitation de l’homme, etc.) ; captation du pouvoir par une minorité d’oligarques et reproduction des élites ; droits fondamentaux de l’homme bafoués, y compris dans les sociétés démocratiques (torture, obsession sécuritaire, violation de la vie privée, etc.) ; persistance des conflits armés ; faillite du système politique occidental et absence de toute alternative crédible. Cette seconde batterie de problèmes est si omniprésente et flagrante que personne ne songe sérieusement à la nier.

Le point commun de tous ces problèmes, c’est qu’ils sont tous liés à la surpuissance technologique. Certains ont été directement créés par cette surpuissance (réchauffement climatique...) ; d’autres ont été aggravés par elle (violation de la vie privée...) ; d’autres enfin n’ont pas été résolus par elle, malgré les espoirs du passé (famine...).

Il y a donc bien un problème, et sa cause est claire.

2. Tol Ardor, ça ne sert à rien, car on pourrait se contenter de réformes.

Faux. Croire cela, c’est oublier un élément essentiel : l’imbrication des différents éléments qui constituent la Crise actuelle.

Les problèmes sont liés par les conséquences qu’ils ont les uns sur les autres. Ainsi, le capitalisme libéral tend à générer des crises économiques et du chômage, mais il est également largement à l’origine de la destruction de notre environnement. Ni les démocraties ni les régimes autoritaires actuels ne parviennent à régler les grandes crises de notre temps, mais cet échec nourrit en retour la méfiance des citoyens envers les puissants, qui se fonde aussi sur l’accroissement des inégalités ou la reproduction des élites ; qui elles-mêmes nourrissent l’insécurité et l’obsession sécuritaire — on pourrait continuer ainsi.

Une solution partielle à un problème donné est bien souvent rendue inopérante par un autre. Ainsi, on pourrait espérer que la hausse rapide du niveau de vie dans les pays émergents ou en développement permette de résoudre les problèmes de délocalisations et de chômage en Occident ; mais ce même développement ne fera que rendre plus grave la crise écologique. Les acteurs eux-mêmes de la Crise sont liés entre eux : ceux qui exploitent la misère humaine sont aussi bien souvent ceux qui détruisent le plus la nature.

La société et le monde actuels forment donc un Système, un tout cohérent, structuré et donc extrêmement solide, qui a commencé à se former il y a au moins 500 ans pour prendre sa forme presque définitive il y a 200 ans environ. La cohérence et la solidité de cet ensemble rendent impossible d’en changer véritablement un élément sans changer aussi tous les autres.

Les réformes sont donc évidemment possibles, mais elles ne peuvent changer les choses en profondeur ou résoudre véritablement la Crise. C’est ce qui explique l’échec flagrant des politiciens aujourd’hui : ils cherchent justement à réformer le Système, c’est-à-dire qu’ils espèrent la résolution de tous nos problèmes par de petites retouches successives. Ils se font ainsi élire sur la promesse d’une rupture (qu’on pense à Obama aux États-Unis, à Sarkozy en France, etc.), mais une fois au pouvoir, ils s’aperçoivent que leur marge de manœuvre est en fait presque nulle. Ils sont pieds et poings liés par leur incapacité à bouleverser tous les aspects du Système à la fois, ce qui serait pourtant la seule solution pour éviter que les améliorations ponctuelles ne soient presque immédiatement annulées par une adaptation de l’ensemble.

Toutes les réformes actuelles échouent donc, et toutes les suivantes continueront à échouer.

3. Tol Ardor, ça ne sert à rien, car seule la force ou la révolution peuvent renverser le Système.

Faux. La révolution, l’épreuve de force, est un moyen tout aussi archaïque et inefficace que la réforme pour changer de Système. Elle n’a en fait jamais fonctionné : de même que les réformes n’ont jamais résolu aucun problème de grande ampleur, les révolutions (qu’il s’agisse de révolutions populaires ou de coups de force militaires) n’ont jamais accouché de régimes à la fois stables et efficaces, du moins depuis la mise en place de la société industrielle au XIXe siècle.

De nos jours, cette inefficacité est encore plus grande, car les peuples n’ont même plus le désir de faire la révolution. La perspective ne serait-ce que d’une tentative de renversement du Système par la force est elle-même si improbable qu’il y a à peine lieu de discuter pour savoir si elle pourrait fonctionner et atteindre son but.

Le bloc soviétique n’était pas un véritable contre-modèle au Système actuel, car s’il en refusait les principes économiques et politiques (capitalisme, libéralisme, démocratie), il partageait avec lui ce qui en est le socle et l’élément principal, à savoir le culte de la technique et de la surpuissance qu’elle confère à l’humanité. Néanmoins, il présentait suffisamment de différences avec le modèle occidental (qui n’était en fait qu’une variante du même modèle) pour nourrir quelques rêves de révolution et de bouleversement violent. Ces rêves ont été balayés avec l’effondrement de l’URSS.

C’est vrai dans les pays pauvres ou en développement, où les gens ne pensent absolument pas au renversement du Système. Bien au contraire, devant son succès apparent (c’est-à-dire devant la supériorité économique, politique, militaire, etc. de l’Occident sur le reste du monde), ils ne songent qu’à rattraper le niveau de vie des pays riches en appliquant exactement les mêmes recettes qu’eux. Ils le font d’ailleurs avec un certain succès, puisque les pays émergents sont effectivement en train de combler leur retard par rapport aux pays anciennement industrialisés.

Mais c’est aussi vrai dans les pays les plus riches, car les gens y ont abandonné tout espoir de changer radicalement les choses. La plupart des gens sont à présent convaincues que l’organisation actuelle de nos sociétés est une fatalité, une évidence contre laquelle on ne peut rien, et qui dépend de forces tellement immenses que personne ne peut les influencer. Cette conviction les empêche d’envisager seulement le remplacement du Système par autre chose, et les pousse donc à essayer simplement de profiter au maximum du monde tel qu’il est.

Dans l’état actuel des choses, aucune révolution contre le Système ne peut donc avoir lieu nulle part.

4. Tol Ardor ne sert à rien, mieux vaut rejoindre un projet plus avancé qui existe déjà.

Faux. Tol Ardor est un projet original et même unique, radicalement différent de tous ceux qui existent déjà.

Actuellement, qui se bat à la fois pour le respect de la nature et pour de meilleures relations entre les humains ? De nombreux partis politiques prétendent le faire, mais quand ils sont au pouvoir, ils ne mettent jamais leurs promesses à exécution. En France, Europe-Écologie-les-Verts est censé avoir fait du combat écologiste sa particularité ; mais, alliés aux sociaux-démocrates, ils avalent toutes les couleuvres possibles et vendent leurs convictions contre des postes.

Qui reste-t-il donc ? De nombreuses associations, de petits projets alternatifs, des publications plus ou moins marginales, voire des sites Internet ou même de simples pages sur des réseaux sociaux. Eux font un véritable travail, et Tol Ardor les considère comme des amis et des alliés.

Mais peuvent-ils suffire ? Nous considérons qu’il manque à la plupart d’entre eux un ou plusieurs éléments pourtant essentiels.

Certains n’ont qu’une compréhension incomplète de la Crise que nous traversons. Nombreux sont ceux qui dénoncent le capitalisme néo-libéral ; moins nombreux sont ceux qui ont perçu l’immense décalage entre notre niveau de développement technologique et notre maturité spirituelle et morale ; moins nombreux encore sont ceux qui ont compris que la démocratie n’est plus adaptée aux défis auxquels nous devons faire face. Au contraire, Tol Ardor entend penser le rôle de la technique dans la Crise que nous traversons et construire une société nouvelle, des mentalités nouvelles.

D’autres, au contraire, essayent réellement de penser la Crise que nous traversons, mais n’ont pas de stratégie claire ou crédible pour y répondre. Face à l’effondrement civilisationnel qui nous guette, ils ne proposent que la diffusion des idées de l’écologie radicale, très utile mais non pas suffisante, ou la prise de pouvoir par les urnes, perspective irréaliste. Tol Ardor, quant à elle, joue sur les deux tableaux, et cherche à mettre en application ses idéaux par la construction concrète d’un contre-modèle efficace.

D’autres, enfin, se contentent d’une trop petite échelle. Par réalisme, Tol Ardor commencera également son existence par un projet de petite taille, mais elle prévoit dès à présent les moyens de son expansion. C’est essentiel, car dans un monde devenu plus chaotique ou plus violent, les survivalistes isolés, et même les plus petites communautés, auront beaucoup de mal à survivre. Nous ne cherchons pas seulement à survivre en tant qu’individus ; nous voulons surtout transmettre les valeurs, la culture, la civilisation qui sont les nôtres, et avec elles des connaissances et des savoir-faire qui se révéleront essentiels quand nous ne pourrons plus nous reposer sur le Système qui nous alimente aujourd’hui.

5. Tol Ardor est une utopie, donc elle ne se réalisera jamais.

Faux. Cette affirmation vient d’une mauvaise compréhension du terme « utopie », qui elle-même découle de ce qui a été expliqué dans le point précédent : parce qu’il n’existe plus aucun contre-modèle (même apparent) face au Système, les gens ont tendance à considérer que les choses ne peuvent pas être autrement qu’elles sont. Ainsi, quand on veut dévaloriser une idée, on dit fréquemment qu’elle est « utopique », par quoi on entend qu’elle est naïve ou dangereuse, qu’elle ne peut ni ne doit se réaliser. Beaucoup de gens sont également influencés par l’histoire récente, et ont tendance à voir les choses en termes simplistes, comme si nous étions obligés de choisir entre deux possibilités (les États-Unis ou l’URSS, par exemple).

Mais tout cela est évidemment stupide. D’abord, aucun choix binaire ne nous est imposé, et nous n’avons d’ailleurs pas à nous contenter du passé. Pour prendre l’exemple de l’économie, beaucoup de gens voudraient nous faire croire que nous n’avons le choix qu’entre le capitalisme et le communisme. Mais l’humanité a connu d’autres formes d’organisation économique ; et surtout, rien ne nous impose de faire un choix parmi ce que l’humanité a déjà expérimenté : nous pouvons également combiner, transformer et inventer.

Ensuite, une utopie n’est pas, par définition, ce qui ne peut pas se réaliser ; c’est seulement ce qui n’a jamais été effectivement réalisé. Ainsi, tout ce qui est ou a été réel, tout ce qui constitue ou a constitué la vie de millions de personnes, a commencé par être une utopie, qu’il s’agisse du commerce sans taxe, de la démocratie ou du communisme. En ce sens, Hugo a parfaitement raison d’écrire que « l’utopie, c’est la vérité de demain ».

Tol Ardor assume donc pleinement son statut d’utopie, mais elle nie que ce soit un argument contre elle. Bien au contraire : c’est justement parce que c’est une utopie, parce que ce que nous proposons n’a encore jamais été tenté, que ça a des chances de réussir. Ce qui a déjà été tenté a fait la preuve de son inefficacité.

6. Tol Ardor ne peut pas exister parce qu’il est impossible de fonder un nouvel État.

Cette objection découle d’une mauvaise compréhension de nos objectifs. Nous ne demandons pas un État indépendant, ce qui serait totalement irréaliste ; nous ne faisons que nous préparer à l’effondrement civilisationnel qui semble de plus en plus inévitable.

Pour ce faire, notre premier objectif est de fonder une petite communauté résiliente, résistante et décroissante. Par la suite, nous pourrons évoluer en nous adaptant aux circonstances, qui sont pour le moment imprévisibles. Plus qu’un micro-État, il sera envisageable de fonder une micro-nation comme il en existe déjà des centaines sur la planète, certaines depuis plusieurs décennies : rien d’impossible là-dedans, donc.

Bien sûr, les grands États actuels ne nous reconnaîtront pas. Et alors ? De toute manière, eux-mêmes finiront probablement par s’écrouler sous les coups de la Crise que nous commençons tout juste à traverser. Et s’ils ne s’écroulent pas, ils auront tant de problèmes à gérer qu’ils seront trop heureux de trouver des petites communautés déjà organisées et autonomes, sur lesquelles ils pourront même éventuellement s’appuyer, voire à qui ils pourront confier certaines de leurs missions.

7. Tol Ardor, c’est un retour en arrière.

Pas le moins du monde. D’une part parce qu’il est absurde d’envisager que l’humanité « revienne en arrière ». Nous ne remonterons jamais le temps, et nous ne pouvons donc qu’avancer. Seulement, nous pouvons avancer dans plusieurs directions. Ceux qui parlent de « retour en arrière » tombent en fait dans l’illusion que toute nouveauté est forcément bonne, et toute restauration forcément mauvaise. Mais c’est évidemment ridicule : après le régime de Vichy, la France est « revenue en arrière » en réinstaurant la démocratie, et c’était bien sûr une bonne chose.

D’autre part, parce que Tol Ardor ne prône pas la restauration d’une société passée. Notre but n’est pas le retour au Moyen-âge, ni à aucune autre époque mythique, idéalisée ou réelle, mais la fondation d’une nouvelle civilisation. Nous prévoyons d’ailleurs de conserver, autant que faire se pourra, certaines techniques modernes en les encadrant strictement, en particulier dans les domaines de la médecine et de la culture. Surtout, nous tenons évidemment à conserver les connaissances acquises par l’humanité au cours de son histoire. Ce sont principalement elles qui rendent tout « retour en arrière » impossible : même s’il n’y aura pas de scanner à Tol Ardor, nous ne vivrons plus jamais comme à l’époque où l’on ignorait à quoi étaient dues les infections.

8. Tol Ardor est un projet antihumaniste.

Faux. Tol Ardor ne considère pas l’espèce humaine comme une espèce nuisible à son environnement et qu’il faudrait éradiquer ou supprimer, bien au contraire. Nous nous battons pour l’harmonie, c’est-à-dire le respect d’un juste équilibre entre l’humanité et la nature qui l’entoure, justement parce que nous pensons que l’homme, dépendant de la nature, lui est aussi nécessaire.

Tous les aspects de Tol Ardor ne sont pensés que dans ce but, y compris ceux qui choquent encore un trop grand nombre de personnes, comme le contrôle des naissances. Ces points ne sont pas là par haine de l’humanité mais bien au contraire parce que, rationnellement, ils représentent la seule solution pour que l’humanité ne finisse pas victime de sa propre démesure.

Tol Ardor a donc parfaitement intégré l’essentiel (et la meilleure partie) des acquis de l’humanisme de la Renaissance, du siècle des Lumières et de la Révolution française ; en particulier, elle défend vigoureusement les droits fondamentaux de l’homme. Ni l’écologie radicale, ni la royauté participative, ne sont en contradiction avec ces principes.

9. Tol Ardor va trop loin dans la réduction technique.

Croire cela, c’est ne prendre qu’un seul aspect du problème auquel nous sommes confrontés.

Ainsi, on pourrait très bien imaginer que, pour régler les problèmes climatiques que nous avons engendrés, le mieux serait de miser sur une technologie plus puissante encore, capable de modifier le climat de la planète dans le sens voulu. Mais c’est oublier que le réchauffement climatique n’est qu’un aspect de la crise écologique actuelle.

C’est oublier surtout que la crise écologique elle-même n’est qu’un aspect de la Crise que nous traversons. Notre surpuissance technologique n’est pas seulement à l’origine de la destruction de notre environnement ; elle est aussi la cause des armes de destruction massive, de la mort industrielle dans les guerres modernes, de la surveillance de nos vies privées qui prépare le chemin à de nouveaux totalitarismes.

Le niveau de réduction technique prôné par Tol Ardor n’est donc, malheureusement, pas une exagération. Il prend simplement en compte toutes les facettes du problème, et surtout il n’oublie pas le manque de maturité spirituelle de l’humanité aujourd’hui : c’est ce manque de maturité qui nous empêche de faire le tri et de n’utiliser notre puissance technique que pour de bons usages. C’est ce qui fait qu’aujourd’hui, la technique apporte plus de mal que de bien : l’humanité est comme un enfant de huit ans à qui l’on aurait confié une arme. Tant qu’il n’a pas grandi, il ne peut que se blesser en l’utilisant.

10. Tol Ardor, c’est l’assurance de retrouver la surmortalité du Moyen-Age.

Faux. Dire cela, c’est ignorer totalement les causes de la surmortalité au Moyen-Age, et plus généralement avant l’époque industrielle. Les gens ne mouraient pas d’abord parce qu’ils n’avaient pas d’IRM ou de chimiothérapie. Ils mouraient dans l’ensemble plus jeunes qu’aujourd’hui, c’est vrai, mais pour des raisons très différentes.

D’abord, parce qu’ils ne mangeaient pas suffisamment, et que leurs corps étaient donc affaiblis et plus fragiles face aux maladies. Cet état plutôt habituel était renforcé par d’autres fléaux comme la guerre ou les inégalités.

Ensuite, et surtout, parce qu’ils manquaient non de technique, mais de connaissances. Ils n’avaient pas la moindre idée de la manière dont fonctionnait le corps humain ou dont il tombait malade. Ayant des connaissances largement incomplètes et même inexactes, ils ne pouvaient trouver de solution adaptée. Par exemple, ils ne désinfectaient pas leurs plaies, ignorant l’existence même des microbes.

À Tol Ardor, ces deux facteurs n’auront aucune raison de réapparaître. Nous savons et nous assumons que la médecine sera moins efficace qu’aujourd’hui, c’est vrai, mais elle n’aura rien à voir avec celle du Moyen-âge.

11. Tol Ardor est un projet antiféministe.

Faux. Si, dans le passé, les femmes étaient souvent cantonnées aux tâches domestiques, l’égalité des sexes est un des principes fondamentaux de Tol Ardor et elle sera appliquée, y compris dans le travail. La loi veillera en particulier à limiter le temps de travail, de manière à ce que chacun des membres qui composent le foyer puisse travailler à la fois à l’extérieur et à l’intérieur de la maison. De cette manière, le travail (et donc les rentrées d’argent) comme les tâches domestiques seront partagées entre hommes et femmes.

En outre, même si nous savons très bien que la plupart des tâches domestiques seront plus difficiles qu’aujourd’hui (lavage du linge, etc.), nous n’avons pas, dans ce domaine comme dans les autres, le projet de revenir à une société passée. Il n’y aura pas de machines à laver modernes, mais sans électricité, il est tout à fait possible de concevoir des machines plus rudimentaires, mais qui éviteront aux couples de revenir au lavage au lavoir ou dans la rivière.

12. Tol Ardor, c’est le retour de la monarchie absolue.

Faux. Une monarchie absolue est un régime autoritaire dirigé par un seul homme qui concentre en ses mains tous les pouvoirs et les exerce sans contrôle.

Tol Ardor n’est pas une monarchie absolue car le Roi n’y exerce pas tous les pouvoirs : il ne dispose pas du pouvoir judiciaire, qui reste entièrement indépendant du pouvoir politique. Son pouvoir législatif est également restreint puisqu’il doit s’exercer conformément au Livre de la Loi qui lui impose le respect des droits et libertés fondamentales. Enfin et surtout, plusieurs corps (en particulier le Conseil et les États Généraux) sont chargés non seulement de conseiller le Roi et son gouvernement, mais également de les contrôler et d’empêcher toute dérive.

Nous ne soutenons d’ailleurs aucun des prétendants traditionnels au trône. Nous ne souhaitons ni le retour des Bourbon, que ce soit dans leur branche légitimiste ou orléaniste, ni celui des Bonaparte. Nous estimons que ces personnes sont autant décrédibilisées par l’Histoire que délégitimées par leur comportement et leurs prises de positions, qui traduisent un singulier manque de vision.

13. Tol Ardor, c’est le retour de la dictature.

Faux. Une dictature est un régime autoritaire dans lequel une personne ou un groupe de personnes exerce tous les pouvoirs de manière absolue, sans être limité par aucune institution, aucun organe de l’État ou aucune loi. En dictature, ceux qui commandent n’édictent les lois que pour leurs administrés, et s’affranchissent eux-mêmes de leur respect. La dictature entraîne donc la mort des libertés fondamentales.

Tol Ardor n’est donc pas non plus une dictature, puisque la loi y est la même pour tous, que des contre-pouvoirs se chargent de la faire respecter, et que les droits fondamentaux y sont garantis. Fondamentalement en désaccord avec ceux qui considèrent que la situation actuelle impose une restriction des libertés fondamentales en vue d’assurer le bien commun, nous voulons mettre l’intérêt général, collectif, communautaire en équilibre, en tension, en harmonie avec les libertés individuelles et les droits de la personne.

14. Tol Ardor, c’est le retour du totalitarisme.

Faux. Un totalitarisme est une dictature qui pousse à l’extrême la volonté de domination à la fois sur la société, qu’il contrôle dans ses moindres aspects, et sur l’individu, qui fait l’objet d’une surveillance y compris dans sa vie privée, qui cesse donc d’être privée. Le terme « totalitarisme » vient donc du contrôle total exercé par l’État à la fois sur la société et sur les individus qui la composent. Les totalitarismes ont jusqu’ici tous développé, en outre, des caractéristiques semblables : usage intensif de la violence et de la persécution, mise à mort non seulement des opposants mais de larges catégories de la population déterminées par leur naissance, utilisation de la propagande, embrigadement des individus dans tous les aspects de leur vie et dès leur plus jeune âge, parti unique, culte du chef, etc.

Naturellement, Tol Ardor n’est pas un totalitarisme, régime avec lequel elle n’a presque rien en commun : à Tol Ardor, l’État ne contrôle pas l’ensemble de la société, qui reste largement gérée de manière privée, et surtout il n’a aucune volonté de contrôle sur la vie privée des individus. La société que nous appelons de nos vœux ne présente aucune des autres caractéristiques des régimes totalitaires. Plus encore, ce serait une impossibilité logique, car aucun totalitarisme ne pourrait naître ou se maintenir hors d’un cadre techno-industriel : il n’aurait tout simplement pas les moyens de ses ambitions.

On peut même aller plus loin et souligner que le pire des totalitarismes, le totalitarisme nazi, est né d’une démocratie, et non d’un régime autoritaire. De même, à l’heure actuelle, les lois liberticides et sécuritaires prises par les grandes démocraties pavent la voie à de nouveaux totalitarismes, avec l’approbation béate de l’immense majorité de la population. Il semble donc que la démocratie, loin de protéger du totalitarisme, lui prépare la route ; inversement, un régime autoritaire, mais respectueux des droits fondamentaux, pourrait représenter une meilleure protection contre cette horreur.

15. Tol Ardor est une secte.

Faux. Une secte — au moins dans le sens péjoratif du terme — coupe ses membres de leurs proches et de leur environnement ; elle leur arrache leurs biens, en particulier leur argent ; elle les manipule et brime leurs libertés individuelles.

Tol Ardor ne présente aucune de ces caractéristiques, y compris dans son volet religieux et spirituel. Certaines de ses croyances ou certains de ses principes peuvent paraître étranges à bon nombre de personnes aujourd’hui, mais cela ne devrait pas être un motif de condamnation.

16. Tol Ardor, ce n’est pas bien, parce que ce n’est pas laïc.

C’est vrai, Tol Ardor propose une alternative à la laïcité. Et en France, c’est souvent considéré comme un péché mortel. Mais les Français ont-ils raison de considérer que la laïcité est le seul système valide, ou même seulement le meilleur, pour organiser les rapports entre l’État et les religions ?

C’est déjà oublier un peu vite que de nombreux pays à travers le monde ne sont pas laïcs sans pour autant se montrer intolérants. L’Angleterre, l’Irlande, le Danemark, l’Islande, la Norvège, l’Écosse ou la Grèce ont tous une religion d’État. D’autres pays comme la Suisse, l’Allemagne, l’Autriche, la Belgique et bien d’autres font référence à Dieu dans leur Constitution ou financent les cultes. Or, dans l’ensemble de ces pays, personne ne se plaint de criantes inégalités ou discriminations religieuses ! Nous ne sommes donc pas face à un choix binaire, comme beaucoup voudraient le faire croire (« la laïcité ou l’intolérance »).

Tol Ardor comporte en fait tous les avantages qui sont attachés, en France, à la laïcité : en particulier la tolérance religieuse, mais aussi la séparation de l’Église et de l’État, puisque dans le théisme d’État, ce dernier ne privilégie a priori aucune religion, mais les considère toutes en fonction de ses propres valeurs. En plus des avantages qu’on associe ordinairement à la laïcité, le théisme d’État ardorien permet donc de sauvegarder de manière bien plus sûre des valeurs considérées comme fondamentales.

17. Tol Ardor est un projet égoïste qui ne pense à sauver qu’une petite communauté.

Non : nous essayons de sauver ce que nous pouvons. Mais on ne peut pas sauver les gens malgré eux ou contre leur gré.

Aujourd’hui, force est de constater que les réformes comme la révolution sont vouées à l’échec ; mais aussi que les gens, dans leur immense majorité, n’écoutent pas les quelques-uns qui ont les yeux ouverts et qui essayent de les avertir du danger : ils ont toujours tendance à préférer le mensonge qui rassure à la vérité qui dérange.

Pendant des années, nous avons cru possible de convaincre une large communauté de cette vérité et de la rassembler autour du constat de la Crise et d’un projet de société commun, et nous nous sommes battus dans ce sens. À présent, nous avons réalisé d’une part que nous n’en avions plus le temps, et d’autre part que si nous voulions être écoutés, le plus efficace était de passer par un exemple concret.

Si nous souhaitons avoir pour point de départ une petite communauté, ce n’est donc ni par égoïsme, ni par renoncement, mais tout simplement par réalisme. C’est préférable pour nous, parce qu’en agissant concrètement, nous nous préparons au pire de la Crise à venir, et nous construisons la possibilité de sauver des personnes, mais plus important encore, des valeurs, une culture, une spiritualité, un héritage civilisationnel.

Mais c’est aussi préférable pour les autres, puisqu’en construisant concrètement ce contre-modèle, même à petite échelle, nous nous donnons une chance supplémentaire d’ouvrir les yeux à ceux qui pensent encore qu’on ne peut pas faire mieux que notre société actuelle. La seule manière de faire advenir une nouvelle société est de prouver aux gens, en le leur montrant, qu’un autre modèle non seulement peut exister, mais encore serait grandement préférable. Construire un modèle alternatif à côté du Système actuel est en fait la seule et unique manière possible de convaincre suffisamment de monde de son caractère nocif et du fait qu’il peut être remplacé.

Si, comme tout porte à le croire, notre civilisation doit effectivement s’écrouler, préserver un îlot de stabilité, d’efficacité, de droits et de culture dans un monde devenu chaotique peut difficilement passer pour un but égoïste, tant il est évident que tous en profiteraient. Quel que soit le cours des choses, le monde aura donc besoin de nous et de projets similaires, le plus vite possible et à l’échelle la plus vaste possible.

18. Je ne rejoindrai par Tol Ardor car je ne suis pas d’accord avec tous les points du Projet.

Vous n’êtes pas d’accord avec tous les points qui composent Tol Ardor, ou avec tout ce qui est écrit sur le site ? C’est normal. Mais ça ne devrait pas vous empêcher de nous rejoindre, pour la bonne et simple raison qu’on n’est jamais d’accord sur tout avec un groupe qu’on rejoint.

Beaucoup sont catholiques alors qu’ils rejettent une large partie de ce qu’enseigne l’Église catholique romaine ; beaucoup sont musulmans sans croire tout ce qui est écrit dans le Coran ; beaucoup gardent leur carte du Parti socialiste alors même qu’ils sont en désaccord profond avec la politique qui a été menée par François Hollande, Manuel Valls et Emmanuel Macron.

Agir ainsi, ce n’est pas être incohérent, c’est simplement viser l’efficacité. On n’agit jamais efficacement quand on reste seul ; on ne change jamais le monde qu’à plusieurs. Et comme on n’est jamais d’accord avec l’intégralité du discours d’un groupe constitué, agir efficacement impose de passer par-dessus un certain nombre de différends.

Cela ne signifie pas qu’il faille remiser ses convictions au placard : on peut toujours discuter en interne et faire évoluer un projet de l’intérieur.

Pour être Ardorien, il suffit donc d’adhérer aux grandes lignes de notre Projet. Point n’est besoin de le trouver parfait : à l’évidence, il ne l’est pas, et aucun ne l’est. Il suffit de considérer qu’il rendra le monde meilleur, ou un peu moins mauvais.