Végétarisme, végétalisme et veganisme à Tol Ardor

Plan

Tol Ardor met la protection animale au cœur de son projet

Tol Ardor respecte profondément le végétarisme et le veganisme

Pourquoi Tol Ardor ne promeut pas le végétarisme ou le veganisme

Tol Ardor met la protection animale au cœur de son projet

L’horreur absolue que constitue la condition animale aujourd’hui est un des nombreux motifs d’indignation qui ont été à l’origine du Projet ardorien. Les preuves de ce qui se passe, innombrables, sont si éclatantes qu’il n’est même pas besoin d’y revenir. Tout le travail a été fait, et continue d’être fait, par plusieurs associations, en particulier L214, et mérite d’être salué, car il contribue grandement à la prise de conscience par le grand public de la réalité de la condition animale aujourd’hui. Que ce soit pour l’élevage, pour le transport, pour l’abattage des animaux à des fins alimentaires, pour la fourrure, pour la recherche scientifique etc., l’exploitation animale a pris aujourd’hui une ampleur démesurée et entraîne des souffrance qui semblent infinies.

Tol Ardor inscrit donc la protection animale au cœur de son combat plus général pour la défense de la vie sous toutes ses formes. Ainsi, la Déclaration Ardorienne des Droits des Êtres Vivants, largement inspirée de la Déclaration des droits de l’animal de 1978, révisée en 1989, réaffirme-t-elle l’animal comme sujet de droit, doué d’une valeur et d’une dignité intrinsèques, indépendamment de son éventuelle utilité pour l’homme, et donc possesseur de droits naturels et imprescriptibles.

Sachant en outre que les déclarations d’intention ne sauraient suffire, Tol Ardor s’est également engagée concrètement pour la reconnaissance des droits des animaux. Elle est membre du réseau Animavie, qui fédère un grand nombre d’associations liées à la protection animale. Elle s’est également associée officiellement à l’initiative du professeur Marguénaud, professeur de droit à l’université de Limoges, visant à proposer une réforme du statut juridique et légal de l’animal en France.

Tol Ardor respecte profondément le végétarisme et le veganisme

Il est donc assez naturel que la question de notre positionnement par rapport au végétalisme, au végétarisme et au veganisme nous soit souvent posée.

Avant toute autre chose, il convient de souligner que Tol Ardor a le plus profond respect pour ces options philosophiques et pour les modes de vie auxquels elles sont associées. Elles reposent sur au moins deux arguments particulièrement percutants.

Le premier est évidemment celui de la souffrance animale : oui, à l’heure actuelle, l’immense majorité des animaux utilisés par l’homme le sont dans des conditions d’exploitation absolument atroces, et il est presque impossible de consommer de la viande sans s’associer, d’une manière ou d’une autre, à ce système et aux souffrances qu’il engendre.

Le second est celui de la lutte pour la planète. L’élevage est aujourd’hui un des principaux consommateurs de ressources de notre système industriel, un des principaux émetteurs de gaz à effet de serre, une des principales causes de destruction des écosystèmes – à la fois parce que l’élevage est en lui-même fortement consommateur d’espace et parce que l’alimentation des animaux nécessite de défricher de nouvelles surfaces, surtout pour la culture du soja.

Nous ne pouvons qu’être sensibles à ces deux arguments, qui concernent le cœur du combat de Tol Ardor. Aussi, nous refusons catégoriquement de reprendre à notre compte les moqueries et les critiques dont sont souvent victimes les végétariens, les végétaliens et les vegans. Bien au contraire, nous affirmons notre respect pour la cohérence de leur choix, éminemment respectable, et pour le courage qu’il implique dans la société moderne. Sur cette question morale complexe et polémique, nous insistons sur la liberté qui doit être laissée à chacun de vivre conformément à ses convictions sans avoir à en souffrir.

Pourquoi Tol Ardor ne promeut pas le végétarisme ou le veganisme

Pour autant, Tol Ardor ne promeut ni le végétarisme, ni le végétalisme, ni le veganisme, et donc n’incite pas ses membres à choisir un de ces modes de vie – même si, bien évidemment, et conformément au principe de liberté qui vient d’être exposé, elle ne cherche pas non plus à les en dissuader.

Les militants végétariens ou vegans voient souvent cela comme une incohérence de notre part. Il nous semble que ce n’est pas le cas, et ce pour plusieurs raisons.

L’argument de l’ordre naturel des choses

Un premier argument réside dans le fait que les hommes sont biologiquement constitués pour manger de la viande. La preuve n’en réside pas seulement dans leur dentition ou leur système digestif, mais principalement dans le fait qu’il nous est biologiquement impossible de survivre sans un apport régulier de vitamine B12, élément que l’on ne trouve que dans la chair animale.

En cela, il ne nous semble pas que la consommation de viande par les hommes, et donc la mise à mort d’animaux qu’elle implique, soient contraire à l’harmonie du monde, de la nature ou de la vie.

Cet argument, même s’il mérite d’être exposé, nous semble cependant faible. En effet, nous sommes à présents capables de synthétiser artificiellement la vitamine B12 ; nous pourrions donc ne consommer, pour vivre, que celle que nous produisons en laboratoire.

Bien des espèces ne survivent que parce que nous les élevons

Un deuxième argument réside dans le fait que de nombreuses espèces animales ont été modifiées par l’homme de telle sorte qu’elles sont devenues inaptes à la survie à l’état sauvage : elles ne peuvent plus se passer de la protection de l’homme – il en va ainsi du mouton, par exemple. L’abandon de leur élevage signifierait la fin de ces espèces.

En cela, il nous semble que non seulement l’élevage ne s’oppose pas à l’harmonie du monde, mais encore qu’il peut y contribuer. Pensé dans le respect de l’animal, de ses besoins et de ses rythmes biologiques, il peut signifier un partenariat mutuellement bénéfique, et donc harmonieux, entre l’homme et une autre espèce animale.

Mais là encore, l’argument est faible. Nous pourrions en effet, théoriquement, cesser de faire se reproduire massivement ces animaux, laisser ceux qui vivent déjà mourir de leur mort naturelle, et ne conserver ensuite ces espèces que de manière résiduelle et marginale.

Le biocentrisme, valeur fondamentale de Tol Ardor

Ces deux premiers arguments, quoique assez peu solides, méritaient d’être exposés ; mais pour les Ardoriens, l’essentiel est ailleurs.

Comme elle l’affirme dans sa Déclaration de Principes, Tol Ardor est biocentriste, c’est-à-dire qu’elle accorde à toutes les formes de vie, ainsi qu’à leur diversité, une valeur et une dignité intrinsèques, indépendantes de leur éventuelle utilité pour les humains.

Cela ne signifie pas que les Ardoriens accordent nécessairement à tous les êtres vivants la même valeur, même si c’est parfaitement possible ; là encore, nous faisons prévaloir le principe de liberté sur une question morale évidemment complexe et qui ne peut recevoir de réponse définitive ou indiscutable. Aussi les Ardoriens sont-ils libres de définir leur manière d’être biocentristes.

En revanche, celui qui prétendrait que certaines formes de vie seraient dénuées de valeur ou de dignité en elles-mêmes au prétexte qu’elles seraient inutiles à l’humanité ne pourrait se prétendre Ardorien.

En cela, Tol Ardor se revendique naturellement de l’antispécisme. Mais elle donne à ce concept une large définition, qui n’englobe pas uniquement les animaux mais également les plantes, qui sont, autant que nous, des êtres vivants.

Puisque Tolkien est une des sources d’inspiration de notre philosophie, nous pouvons citer le Quenta Silmarillion qui montre Manwë, dieu du ciel et roi des dieux, demander à Yavanna, créatrice des plantes et des animaux, de choisir lesquelles de ses créatures elle préfère protéger : « De tout ce tien royaume, qu’est-ce qui t’est le plus cher ? » La question porte plus précisément sur un choix entre les plantes et les animaux. Et de manière révélatrice, Yavanna refuse de choisir :

« Tous ont leur valeur, et chacun contribue à la valeur des autres. »

En ce sens, les positions qui sous-tendent le végétarisme et le veganisme pourraient bien être vues comme le dernier avatar du spécisme. En effet, elles interdisent de tuer des animaux pour se nourrir, mais pas des plantes ; elles reproduisent donc à l’intérieur des êtres vivants la hiérarchisation qu’elles prétendent combattre. En quelque sorte, on pourrait dire que le végétarisme et le veganisme n’abolissent pas les frontières érigées par le spécisme dominant, mais se contentent de les déplacer : la distinction entre ce qui a de la valeur et ce qui n’en a pas ne sépare plus les hommes des autres animaux, elles sont repoussées pour séparer les animaux des plantes ; mais pas conséquent, elles sont toujours là.

Peut-on si facilement en finir avec le cri de la carotte ?

Cette vision du végétarisme comme dernier avatar du spécisme risque fort d’horrifier ses partisans. Elle ne nous semble pourtant pas absurde. Bien sûr, on va à ce stade de la réflexion utiliser contre nous le vieil argument du « cri de la carotte » : pour aller vite, le végétarisme présuppose que les plantes ne souffrant pas, les tuer ne pose aucun problème moral. Mais cela appelle plusieurs réponses.

La première, c’est que les plantes ont été infiniment moins étudiées par la science que les animaux, surtout sous cet angle. Par conséquent, prétendre qu’il est certain qu’elles ne souffrent pas simplement parce qu’elles n’ont pas de système nerveux semble au mieux peu prudent. Plusieurs études tendent à indiquer que les plantes pourraient posséder une sensibilité qui ne se réduit pas à la lumière. Après tout, la science a longtemps prétendu que les animaux ne souffraient pas non plus, et même étaient dénués de toute forme de conscience ou de sensibilité.

Cependant, même en admettant, pour faciliter le débat, que les plantes ne souffrent pas, la question n’est pas close pour autant. D’abord parce que le mur radical que les végétariens construisent entre les animaux et les plantes semble peu pertinent dans bien des cas. Si l’on admet – et encore une fois, ça n’a rien d’une évidence – que les plantes ne souffrent pas, que savons-nous exactement de la souffrance que peuvent ressentir un corail, un ver ou une méduse ? Et à partir de là, pourquoi serait-il radicalement illégitime de tuer une méduse pour la manger, et radicalement légitime de tuer une carotte pour la manger ? S’il existe une distinction radicale, elle sépare ce qui vit de ce qui ne vit pas, bien plus que les animaux des plantes.

Ensuite parce que, de toute manière, même les vegans reconnaissent, de manière implicite, que la moralité d’un acte ne peut pas se réduire à la seule question de la souffrance infligée ou de la conscience. Si l’on s’approche d’une vache dans son sommeil et qu’on l’abat d’une balle dans la tête, elle ne ressentira strictement aucune souffrance avant de mourir ; et pourtant on peut parier qu’aucun vegan n’acceptera de manger sa viande – de la même manière que personne n’accepterait de tuer un être humain au motif qu’il serait plongé dans un coma dont il ne pourrait jamais sortir.

Pour justifier ce refus, il faut donc que les vegans fassent intervenir pour juger de la moralité d’un acte un autre critère que la souffrance ; et ce critère ne peut être que l’intérêt évident qu’a la vache, en tant qu’être vivant, de continuer à vivre. Le problème est limpide : autant on pouvait discuter de la question de la souffrance des plantes, autant leur intérêt à continuer à vivre semble indiscutable. Les plantes, comme les animaux, se reproduisent, développent des protections contre leurs prédateurs, des systèmes immunitaires contre les maladies : bref, elles cherchent, tout comme les animaux, à persévérer dans leur être.

Quelques précisions nécessaires

Qu’on ne nous accuse pas de dire ce que nous n’avons pas dit.

Sur la question de la valeur des êtres, il faut le répéter : nous n’affirmons pas de manière catégorique que tous les êtres vivants aient la même valeur ; nous affirmons la vérité du biocentrisme, mais nous laissons chacun libre de le définir.

On peut être biocentriste et accorder à tous les êtres vivants la même valeur intrinsèque et la même dignité. On peut être biocentriste et continuer à accorder à l’homme une valeur supérieure à celle de tous les autres êtres vivants, dès lors que l’on ne fait pas découler la valeur de ces derniers de leur utilité pour l’homme. Enfin, la position vegan ou végétarienne, qui accorde la même valeur aux hommes qu’aux autres animaux, mais considère les plantes comme moralement inférieures, reste compatible avec le biocentrisme, dès lors qu’elle ne leur enlève pas toute valeur et toute dignité intrinsèques. Répétons-le : on peut parfaitement être vegan et Ardorien, même si ce n’est pas une obligation.

Sur la question des droits, nous ne prétendons évidemment pas que tous les êtres vivants auraient les mêmes droits ; cela n’aurait en fait aucun sens. Il est évident que les droits imprescriptibles dont jouit un être vivant ne dépendent pas uniquement de sa valeur morale et de sa dignité intrinsèques, mais également de sa nature et de ses capacités. Un homme, ou toute autre espèce douée de pensée, a droit à la liberté d’opinion et d’expression, droits qu’il serait absurde de vouloir conférer à une vache, à une poule ou à un chêne. De la même manière, les êtres capables de ressentir la souffrance ont des droits particuliers.

Le problème n’est pas dans l’élevage, il est dans l’industrie

Ce qui précède montrait les limites de la distinction établie par le végétarisme et le veganisme entre les animaux et les plantes. Il existe une deuxième raison qui nous empêche de promouvoir officiellement le veganisme, et elle tient à une contradiction de cette idéologie.

Le veganisme, en effet, se présente comme bien davantage qu’un simple régime alimentaire : il se veut un mode de vie entièrement respectueux de la vie animale. C’est ainsi qu’il ne refuse pas seulement la consommation de chair animale, mais également l’utilisation du cuir, de la laine, du miel, de la cire d’abeille etc.

Or, à côté de ces refus, les vegans continuent de vivre insérés dans une société techno-industrielle pourtant bien plus mortelle aux animaux que, mettons, le prélèvement du miel dans une ruche. L’utilisation du moindre sac plastique fait courir le risque que celui-ci finisse dans la mer et étouffe une tortue ou un poisson. Prendre l’avion pour se rendre dans un pays étranger contribue au réchauffement climatique dont on sait qu’il entraîne la disparition non seulement d’animaux individuels, mais d’espèces animales entières. L’achat de meubles fabriqués avec certains bois, ou même d’une rame de papier non recyclé, ne peut se faire qu’au prix de la destruction d’hectares de forêts et de tous les animaux qui y résidaient.

En tout état de cause, faire 200 Km en voiture ou acheter des marchandises qui sont venues de Chine sur des porte-conteneurs géants qui n’oublient jamais de dégazer en pleine mer est bien plus mortel pour beaucoup plus d’animaux que de se faire une omelette ou une tartine de miel. Et pourtant, ce sont des choses qu’aucun vegan ne refuse.

Il nous semble donc que le vrai problème ne réside pas en soi dans l’élevage ou dans l’abattage des animaux, qui pourraient être accomplis avec très peu de souffrances pour eux, mais bien dans le Système techno-industriel. L’horreur de l’élevage moderne ne vient pas du fait qu’il s’agit d’élevage, elle vient du fait qu’il est pratiqué de manière industrielle, c’est-à-dire uniquement préoccupée d’efficacité et de profit, auxquels le bien-être des animaux est systématiquement sacrifié.

Un élevage non-industriel, tel que le prévoit Tol Ardor, se ferait dans le plus grand respect des besoins, du bien-être et des rythmes biologiques des animaux élevés, et impliquerait très peu de souffrances physiques ou psychologiques pour eux. Ils bénéficieraient d’une vie heureuse et d’une mort rapide et non stressante. Et comme, par ailleurs, l’ensemble de la société fonctionnerait sur un mode non-industriel, les autres atteintes aux animaux, en particulier aux animaux sauvages, disparaîtraient également.

Certains pourraient être tentés de nous répondre qu’il n’est pas possible de lutter contre le Système techno-industriel, et qu’ils ne s’y insèrent que parce qu’ils y sont contraints. Mais cet argument tient-il réellement la route ? Lutter contre la civilisation industrielle est-il vraiment plus utopique que de lutter contre la consommation de viande, infiniment plus ancienne et plus ancrée en l’humanité ? Se passer de voiture est-il réellement plus impossible que se passer de cuir ? Il se pourrait que ce refus cache en fait des motifs moins avouables : une focalisation sur certains animaux, en particulier ceux d’élevage (donc principalement des mammifères et des oiseaux, ceux qui biologiquement sont les plus proches de nous), et l’oubli à peu près complet de tous les millions d’autres – reptiles, amphibiens, insectes etc. – qui meurent par millions chaque année du simple fait du fonctionnement de l’industrie.

Tol Ardor assume donc sa position. Elle respecte profondément le végétarisme et le veganisme, même si elle ne les promeut pas ; et en luttant contre l’utilisation du pétrole et du plastique, elle pense faire plus pour la cause animale que si elle luttait contre l’usage de la cire et du miel.

Sur ces sujets complexes, et sans renoncer à argumenter sur nos positions, il nous semble nécessaire de laisser chacun libre de construire les siennes et de vivre comme il l’entend. Par-dessus tout, il est essentiel pour tous les défenseurs des animaux, quels que soient leurs principes philosophiques et leurs modes de vie, de s’unir pour rendre leur combat plus efficace. Cela ne pourra se faire que si chaque camp renonce aux anathèmes et aux condamnations réciproques.