Tolkien et Tol Ardor : quel rapport ?

Résumé :

Tol Ardor n’a pas un lien fondamental et essentiel avec Tolkien. Nous ne sommes nullement une communauté de fans de cet auteur ; nul besoin donc de connaître Tolkien, ni a fortiori d’aimer ses œuvres, pour appartenir à notre Projet.

Néanmoins, il existe une relation entre les deux, en particulier dans les domaines de la spiritualité et de la langue. En effet, nous considérons que Tolkien a eu une vision particulièrement claire de la Crise que l’humanité commence à traverser et des solutions que nous devons y apporter.

Plan

Quel est le lien entre Tolkien et Tol Ardor ?

Tolkien et la spiritualité ardorienne

Tolkien et la langue de Tol Ardor

La nécessité d’une culture commune

Quel est le lien entre Tolkien et Tol Ardor ?

Commençons par une mise au point : Tol Ardor n’est en rien une association de passionnés de Tolkien ; notre but n’est pas de reconstruire le monde imaginé par cet auteur littéraire, même si la société ardorienne pourra y faire penser par certains aspects. Il est donc parfaitement possible de faire partie de Tol Ardor en ne connaissant rien à cet auteur, voire en détestant ses livres. On n’est pas moins Ardorien pour n’avoir jamais lu Tolkien ou pour ne pas aimer cet auteur.

Mais le but de Tol Ardor est de refonder notre civilisation, notre culture, en construisant un nouveau modèle social, politique, économique, spirituel. Nous avons l’ambition, pour rendre le monde meilleur, de changer les mentalités humaines, de faire évoluer le regard que nous portons sur les autres et sur la Nature.

Or, cela ne peut pas se faire ex nihilo. On n’écrit jamais l’Histoire sur une page parfaitement vierge, parfaitement blanche. Il serait illusoire et ridicule de prétendre tout inventer nous-mêmes sans nous fonder sur rien, sans nous inspirer de rien : nous n’en avons ni le temps, ni les capacités.

Il a donc fallu choisir un point de départ : ce furent les romans de Tolkien, pour les raisons que nous allons exposer. Mais avant d’aller plus loin, il faut souligner que ce point de départ, au fond, n’est pas d’une immense importance : l’essentiel est bien entendu le résultat. Qu’importe que vous ne connaissiez pas Tolkien et ses romans, ou que vous ne les aimiez pas, si le Projet que nous cherchons à construire vous semble bon ? Si la spiritualité que nous cherchons à faire naître vous semble plus saine que celle qui domine aujourd’hui, ses origines ne devraient pas être un motif suffisant pour ne pas la soutenir.

Pour résumer, Tolkien est à Tol Ardor ce que le christianisme est aujourd’hui pour un Français athée, ou la culture romaine pour quelqu’un qui ne parle pas un mot de latin. Un Français, même parfaitement athée, est fatalement imprégné de culture chrétienne : par ses valeurs, son environnement, les symboles qui ont façonné sa culture etc. De même que quelqu’un qui n’a jamais fait de latin ou ne connaît rien à la civilisation romaine reste néanmoins imprégné, bien qu’il n’en ait pas forcément conscience, de culture latine.

Pour reprendre une autre image, de Tolkien lui-même cette fois-ci, nous pourrions dire que si la soupe est bonne, l’essentiel n’est pas de chercher à savoir de quoi elle est faite : il faut d’abord la déguster. Entre Tolkien et Tol Ardor, il y a la distance qui sépare la source de la mer.

Tolkien et la spiritualité ardorienne

Rendre le monde meilleur implique de transformer les mentalités, les représentations humaines, et donc de bâtir une nouvelle spiritualité, de proposer une nouvelle philosophie, un nouveau regard sur les choses.

C’est le premier domaine pour lequel les œuvres de Tolkien sont un de nos fils d’Ariane. Bien sûr, il n’est pas question de le considérer comme un prophète, sauf à revoir entièrement la définition du terme « prophète ». Il est encore moins question de le considérer comme un nouveau messie, une autorité infaillible ou le dernier des messagers de Dieu, ce qu’il n’est certainement pas. Notre but n’est absolument pas de constituer une secte autour du personnage.

Cela dit, n’importe qui, croyant ou non, amateur de ses romans ou pas, peut reconnaître que son œuvre est porteuse d’une spiritualité, d’une vision du monde qui recoupe la nôtre.

Ainsi, il est l’un des premiers auteurs de romans à avoir rompu avec l’idée que l’homme était le sommet et le but de tout l’Univers sans pour autant choisir le matérialisme athée. Tolkien, dans ses romans, fait de l’être humain une partie de l’Univers, mais une partie seulement, qui doit vivre en harmonie avec la Nature plutôt que la dominer. Il accorde une valeur intrinsèque aux plantes et aux animaux, indépendamment de l’usage que peuvent en avoir les hommes. Il peut donc être considéré comme un des premiers grands romanciers écologistes de l’histoire littéraire.

Du point de vue des relations humaines et sociales, Tolkien insiste également sur les valeurs qui sont les nôtres : la liberté, l’équité, la justice, la miséricorde. Il place l’Amour comme valeur suprême de l’existence humaine. Il condamne aussi bien la course au profit qui détruit la beauté et l’harmonie que les États bureaucratiques, intrusifs, non respectueux des libertés fondamentales, et qui nous mènent, lentement mais sûrement, vers le totalitarisme.

Enfin, Tolkien propose une forme de synthèse, de syncrétisme, entre les différentes formes religieuses qu’ont connu l’humanité et plus particulièrement le monde occidental. La cosmogonie, les mythes qu’il présente sont à la fois monothéistes, polythéistes et animistes, à la fois chrétiens et païens, comme nous le développons dans la présentation de la partie « Église » du site. Plutôt que d’opposer différentes formes religieuses entre elles, Tolkien propose donc de les réunir pour tirer le meilleur de chacune d’entre elles et façonner un nouveau système de valeurs et de croyances, à la fois plus vraies et plus adaptées au monde que nous connaissons et à la Crise qu’il traverse.

Sur le plan spirituel aussi bien que sur les plans politique, économique ou social, Tolkien, précurseur en littérature de l’écologie radicale, peut donc bel et bien être considéré comme un guide important et un socle sur lequel bâtir un projet politique, qu’on apprécie ou pas ses œuvres.

Tolkien et la langue de Tol Ardor

Mais changer les mentalités ne peut pas passer uniquement par la spiritualité. Ce qui est beaucoup moins connu, mais pas moins vrai, c’est que les représentations mentales s’appuient également sur la langue. La langue que nous parlons véhicule des concepts, des jugements de valeur, une morale, des grilles de lecture ; ainsi, elle nous influence à notre insu.

Faire évoluer les mentalités implique donc d’avoir une langue qui corresponde à la mentalité qu’on veut voir se répandre. C’est pourquoi la langue de Tol Ardor ne pourra pas être une de celles que nous parlons aujourd’hui. Là plus encore qu’ailleurs, il serait vain de vouloir créer une langue ex nihilo. Mais Tolkien, qui était philologue et linguiste de formation et de métier, a créé des langues en rapport avec l’univers qu’il a imaginé, et nous pourrons nous baser sur l’une d’elles appelée le quenya.

Bien entendu, le passage à une nouvelle langue sera difficile. Nous en sommes parfaitement conscients, et nous ne minimisons pas l’ampleur de la tâche. C’est pourquoi nous envisageons un processus très lent et progressif. Comme cela est expliqué en détail dans la présentation de la partie « École » du site, nous n’achèverons pas la construction théorique du quenya avant la fondation de la Base (puisque Tolkien n’a évidemment pas, à lui seul, construit une langue complète) ; ce n’est donc qu’ensuite, c’est-à-dire lorsque nous aurons les structures adéquates (au minimum une école privée associée à notre première communauté), que nous pourrons vraiment commencer à diffuser puis à utiliser le quenya.

Passer à une nouvelle langue sera donc difficile, mais pas impossible si l’on comprend qu’il s’agit d’un projet de très long terme.

La nécessité d’une culture commune

En outre, c’est indispensable : pas seulement pour contribuer à former les mentalités, mais également pour façonner véritablement une culture particulièrement et donc une nation véritable. Symboliquement, une nouvelle langue marquera, mieux que n’importe quoi d’autre, la rupture avec le Système actuel.

Tolkien écrivait que si l’espéranto n’avait jamais réussi à percer et à s’imposer, c’est parce qu’il était purement théorique, qu’il manquait d’âme : aucun mythe ne venaient donner vie à cette langue comme Œdipe ou Héraclès venaient donner vie à la langue grecque ou Rémus et Romulus à la langue latine.

De la même manière, bien des projets utopiques ont été imaginés et parfois réalisés dans les cinquante dernières années. Des communautés ont été fondées, qui avaient pour but d’instaurer des rapports sains des hommes entre eux et avec la nature. Aucun n’a eu le succès escompté, et beaucoup ont été des échecs complets.

Pourquoi ? Que leur a-t-il manqué ? Au-delà du manque de moyen financier, au-delà du caractère souvent très masculin de ces communautés, au-delà des personnalités parfois peu sérieuses qui les peuplaient et souvent les dirigeaient, nous faisons l’hypothèse qu’il leur manquait le ciment qui leur aurait permis de tenir : une culture commune. Ces communautés avaient profondément réfléchi leur système politique, économique, social ; mais une société, ce n’est pas d’abord un mode de fonctionnement économico-politique ; c’est d’abord une langue, une manière de s’habiller, des habitudes alimentaires, des croyances, des valeurs communes. Le régime politique, le mode de production sont finalement seconds : le ciment qui lie véritablement les hommes entre eux, c’est la culture.

Si nous ne voulons pas subir le même sort qu’elles, nous ne devons pas reproduire leur erreur.